« Expo 58 » de Jonathan Coe par Bernard Sasso

Lecture d’ Expo 58 par Bernard Sasso

D’avril à octobre 1958 se tint sur le site du Heysel à Bruxelles, la première Exposition Universelle de l’après Seconde Guerre mondiale. La période s’y prête. Un peu d’optimisme souffle sur le monde après plus de dix années de vives tensions entre les vainqueurs de la guerre. La guerre froide entre les Etats-Unis et l’URSS connait un répit. La Communauté Européenne prend forme. Les innovations technologiques se multiplient dont la mise sur orbite par les Soviétiques du premier Spoutnik est un témoignage éclatant. A cette occasion l’Atomium est construit qui deviendra, au fil des années l’un des landmarks de la capitale belge. Mais en 1958 ces sphères représentant les neufs atomes constitutifs du cristal de fer témoignent surtout du développement fulgurant des sciences atomiques.

Cette Exposition sert de cadre à la trame du roman. D’où son titre. Le principal personnage est Thomas Foley (Folie ? Mais si c’est le cas elle est d’une forme bénigne !), fonctionnaire au ministère de l’Information. Son ascendance belge, le fait aussi que son défunt père a été tenancier d’un pub le font choisir pour superviser les travaux du pavillon britannique à l’Exposition et en particulier la bonne marche de l’une de ses principales attractions : le pub Britannia dont les autorités veulent faire le symbole de la culture et de l’art de vivre britanniques.

Voilà donc Thomas Foley laissant dans sa banlieue londonienne de Tooting jeune épouse et bébé. Il le fait sans guère de regrets. Son mariage bat un peu de l’aile et la vie banlieusarde sans surprise l’étouffe. Ce séjour à Bruxelles va lui redonner vie. A peine débarqué à l’aéroport de Bruxelles, il tombe amoureux de l’une des hôtesses de l’exposition. Ce n’est que la première d’une longue suite d’aventures. Bientôt, et sans très bien sans rendre compte, il va devoir prendre part au combat que les deux camps idéologiquement antagonistes se livrent au sein même de l’Exposition, véritable nid d’espions. Cornaqué par un couple d’improbables espions britanniques, Foley devient l’ami d’un journaliste soviétique qui est en fait un haut gradé du KGB tout autant que d’une belle américaine, au premier abord naïve mais qui se révèle d’une redoutable efficacité pour mettre à jour les activités d’espionnage qui ont lieu au sein même du pub Britannia. La méthode employée par l’employée britannique pour faire passer à l’espion soviétique des documents sensibles vaut son pesant de « chips » au sens propre et figuré et qu’il serait dommage de dévoiler. Pas facile au milieu de ce tourbillon de rencontres, de mystères, d’intrigues, de personnages retors de retourner aux ennuyeux dimanches anglais dans une lointaine banlieue londonienne. C’est ce qui arrivera malheureusement à un Thomas Foley déconfit obligé de revenir en Grande-Bretagne bien avant la fin de l’Exposition Universelle.

Entre temps il aura visité la ferme ancestrale dont sa mère a dû fuir avant que les Allemands (qui viennent d’envahir la Belgique aux premiers mois de la Première Guerre mondiale) ne la brûlent entièrement. Mais ce roman passe rapidement sur ce sujet. Il n’est ni celui de la recherche des origines, ni des Souvenirs ou de la Mémoire. Thomas Foley y gagnera aussi de l’expérience dans les milieux interlopes de l’espionnage et deviendra ainsi « honorable correspondant » des services secrets britanniques lors de voyages dans les Démocraties Populaires.

Le livre de Jonathan Coe, parodie joyeuse des romans d’espionnage se lit très agréablement. Il est fait pour la détente et le divertissement. Particulièrement réussies sont les scènes où interviennent Radford et Wayne, véritables Dupond et Dupont de l’espionnage britannique et à travers qui Jonathan Coe se moque allègrement des services secrets de Sa Gracieuse Majesté. Un livre qui enchantera donc celles et ceux qui en cette période troublée et anxieuse souhaitent pour quelques heures y échapper.

Ouvrage de Jonathan Coe ed Gallimard 2014 329p 22€

 

Bernard Sasso

Octobre 2014