« Le Diable à Westease » de Vita Sackville-West par Bernard Sasso

 Vita Sackville by GisËle Freund,photograph,1939

Vita Sackville by GisËle Freund,photograph,1939

Vita Sackville-West

Le Diable à Westease

Editions Autrement 2014 205p.

Vita Sackville-West est l’une des ces personnalités dont raffolent les Anglais et qui suscite la curiosité des Français. Héritière d’une prestigieuse lignée aristocratique, poétesse reconnue, horticultrice hors pair et dont témoignent les jardins de Sissinghurst dans le Kent, (véritables joyaux de l’art anglais du jardin) amante de Virginia Woolf, sa vie se prête au roman. Elle a aussi abondamment publié, et parmi toute sa production « All passion spent » (Toute passion abolie) de 1931 est son roman le plus connu.

Le Diable à Westease est une œuvre tardive puisqu’elle date de 1947. Elle vient d’être publiée pour la première fois en France, traduite par Micha Venaille. D’une lecture extrêmement facile, ce roman s’inscrit dans la grande tradition du whodunnit anglais dont Agatha Christie, parmi d’autres, a rendu les charmes universels.

Récemment démobilisé (l’intrigue se déroule au sortir de la Second guerre mondiale) le jeune Roger Liddiard décide de s’installer au fin fond de la campagne anglaise. Un petit héritage, la publication d’un roman à succès lui assurent l’indépendance et la possibilité d’acheter un moulin dans un petit village aux charmes idylliques, véritable carte postale que Sackville-West se plait à décrire :

« De la pierre grise typique de la région, les toitures de lauzes, à demi envahies de lichens, une architecture modeste et digne qui évoquait les siècles passés, où l’on considérait comme un devoir de doter de moulures et de pignons jusqu’aux plus humbles demeures. Des cottages centenaires. Des habitations qui n’étaient pas seulement des boîtes destinées à s’abriter de la pluie, pas à procurer du bien-être à leur à leurs hôtes et du plaisir aux passants. C’était un microcosme de vie sociale : les maisons habitées par le petit peuple, ou les commerçants, l’église avec sa tour carrée, le presbytère, près d’elle, l’école, plus moderne mais toujours en pierre grise, et au bout de la rue, une demeure plus imposante, sans doute le manoir »

Mais l’on sait depuis Sherlock Holmes que ce sont dans ces villages paisibles que les crimes les plus odieux se commettent, que c’est là que le Diable prépare et exécute ses actions les plus violentes. Le roman de Vita Sackville-West ne manque pas à cette veine que tant d’autres romanciers britanniques ont eux aussi exploitée.

C’est tout d’abord l’assassinat du pasteur du village, homme docile et sans histoire, puis la disparition d’un étrange professeur avec qui le héros s’était lié. Il y a enfin un inquiétant peintre qui fait figure de coupable idéal. Il y a chez lui le beau geste du crime gratuit cher à André Gide mais aussi la personnalité d’un Jekyll et d’un Hyde.

Une empreinte laissée sur une vieille pièce de monnaie permettra à Roger Liddiard de découvrir le criminel (notre perspicacité nous l’avait découvrir dès la moitié du livre) et ce faisant d’innocenter la fille du pasteur soupçonnée du crime de son père.

Ce court roman se lit rapidement. Il donnera quelques heures de bonheur à ceux qui ont fait des romans policiers britanniques à l’ancienne leur met favori.

Bernard Sasso