Julian BARNES : “Une fille qui danse” (The sense of an ending) par André Godard

Julian Barnes

Ce titre en français est réductif à une situation fugace de peu d’intérêt dans l’esprit du livre. La première page surprend avec une énumération de faits discontinus mais qui se révélera être le plan de déroulement de l’histoire.

La première partie réunit trois jeunes collégiens, Antony, Colin et Alex auxquels se joindra Adrian qui impressionnera camarades et professeurs par son intelligence analytique mature. Il est le pivot intellectuel du groupe qu’il influencera philosophiquement, tel ce droit à la mort pour refuser le don de la vie non sollicité.

Tous sont impatients d’entrer dans la vraie vie, persuadés de mieux la connaître que leurs parents mais sont troublés par les prémices sexuels toujours à la recherche d’une copine consentante .

Antony se liera avec Véronica qui acceptera l’infrasexe mais sans conclusion aboutie, le réduisant après ces ébats à des masturbations solitaires effrénées. Il sera invité pour un weekend dans la famille de Véronica ; le père et le frère lui manifesteront peu de sympathie et leur intimité avec Véronica le laissera isolé, mal à l’aise. Seule la mère lui témoignera quelque attachement avec une mise en garde surprenante à l’encontre de Véronica .

Puis Anthony présentera fièrement Véronica à ses copains ; elle paraîtera intéressée par Adrian et deviendra sa girlfriend. A la fin du collège chacun organise ses activités estivales avant de rejoindre différentes universités ce qui conduira à prendre ses distances avec le groupe.

Antony passe un été merveilleux aux Etats-Unis , employé comme livreur de voitures en collaboration professionnelle et libre relation sexuellle avec une jeune américaine. A son retour il apprendra le suicide d’Adrien exécuté avec méthode et qui pour Antony ne peut-être qu’une issue raisonnée .

La seconde partie du livre déroule la vie adulte d’Antony : emploi culturel,mariage avec Margaret ,achat d’une maison,naissance de Susie , divorce après une douzaine d’année puis célibat agrémenté de liaisons éphémères .Il conservera une relation familiale avec Susie et Margaret qui sera souvent sa conseillère raisonnable .

Antony est désabusé : il a perdu sa jeunesse, l’amour de sa femme et a abandonné ses ambitions.

Mais à la soixantaine cette lassitude existentielle sera balayée par l’annonce inattendue de sa position de légataire dans la succession de la mère de Véronica. Il sera l’attributaire d’une enveloppe contenant sa lettre ancienne de malédiction envoyée à Adrian et Véronica lors de leur mariage en ressentiment d’une trahison. C’est la seule pièce du testament d’Adrian qui lui était destiné. Curieusement sont joints 500 livres à ce legs dont la raison restera mystérieuse.

Antony n’aura de cesse de vouloir récupérer le testament d’Adrian qu’il pense détenu par sa veuve Véronica. Pour ce faire il la contraindra à de nombreux échanges courriels mais inlassablement elle lui martèlera « tu ne pigeras jamais rien .. ».

Enfin il obtient de la rencontrer. C’est ainsi que bien tardivement, il finira par reconnaître le fils d’Adrian parmi un groupe d’handicapés psychologiques.

Assailli de remords pour la lettre de malédiction que concrétise ce fils handicapé, il tentera sans succès d’arracher son pardon à Véronica . Et pour accentuer encore son désarroi, il apprend incidemment qu’il ne s’agit pas du fils de Véronica mais de son frère !

J’ai aimé ce livre pour l’amitié entre jeunes gens bien différents , auxquels la vie réservera des destins, pour certains dramatiques , pour d’autres  ordinaires. Une intrigue amoureuse initie un développement final surprenant .

Folio 2014 7.20€