Ateliers littérature des 5 et 18 février 2019 : « Un garçon convenable » (vol. 1 et 2) de Vikram Seth, par Valérie Krol

Vikrma Seth

Le livre de Vikram Seth « Un garçon convenable », écrivain indien né à Calcutta en 1952, embarque le lecteur pour une longue épopée qui s’étale sur 1700 pages.

Car c’est bel et bien l’histoire récente de ce pays que Vikram Seth nous conte de manière exhaustive à partir de son indépendance qui ne s’est pas faite sans douleur, en particulier à cause de la partition sanglante qui a débouché sur la naissance d’un nouvel état, le Pakistan.

Au travers des destins entrecroisés de quatre familles et sur deux générations, Vikram Seth va évoquer de façon approfondie les problèmes auxquels se heurte le jeune pays. Problème religieux principalement entre hindous, musulmans et sikhs, problème de la multiplicité des langues, problème de la maintenance du système de castes qui fait perdurer les inégalités sociales, problème de la misère des campagnes dont la majorité des terres sont encore entre les mains de quelques puissantes familles, problème de l’illettrisme d’une grande partie de la population, problème des rivalités politiques, problème du statut des femmes soumises à la tradition des mariages arrangés …

L’économie est aussi abordée, montrant à quel point l’influence britannique, que ce soit ses intérêts ou son modèle culturel, est encore présente, particulièrement au sein des classes de la haute bourgeoisie.

Chacun des personnages dont les qualités et défauts sont décrits par Vikram Seth avec beaucoup d’humour mais aussi avec beaucoup d’empathie pour chacun d’eux, va contribuer à nous éclairer sur les vicissitudes par lesquelles ce pays est passé pour accéder à l’indépendance et se construire.

Mais qui est donc ce « garçon convenable » auquel fait référence le titre du livre ? C’est le mari idéal que cherche l’une des protagonistes, Mrs Mehra, de confession hindoue, pour sa dernière fille Latha, qui n’est pas encore mariée. La jeune fille s’éprend d’abord de Kabir, étudiant en histoire, mais il est musulman : c’est donc une histoire d’amour, bien que passionnée, vouée à l’échec, car les mariages inter-religieux sont inenvisageables à cette époque. Puis vient Amit, un jeune poète brillant appartenant à la haute société, mais qui se contente de vivre des rentes que lui procure sa riche famille, ce qui le classe aux yeux de Mrs Mehra dans la catégorie des parasites. Latha apprécie sa compagnie et son esprit vif, mais sans plus. Mrs Mehra jette alors son dévolu sur Haresh, jeune hindou de la classe moyenne, pragmatique et dynamique qui travaille dans l’industrie de la chaussure. C’est celui qui est le plus dépourvu de préjugés et Latha, qui le trouve sympathique bien qu’un peu balourd de temps en temps, se résoudra finalement à faire un mariage de raison. Haresh se bat sans relâche pour avancer dans la société et faire évoluer son propre statut. En ce sens, l’on peut dire qu’il fait partie de ces hommes qui vont faire évoluer l’Inde vers la modernité post-coloniale.